Dans les temps difficiles
Comment les organisations ont répondu à l'effondrement économique
À l'automne 2009, la Fondation Trillium
de l'Ontario (FTO) a repris contact avec plus d'une centaine de ses organismes
bénéficiaires pour savoir comment ils se portaient dans cette récession qui se
poursuit. La FTO avait communiqué avec ces organismes auparavant en janvier
2009. Cette fois-ci, la FTO a mené un sondage téléphonique et a demandé aux
organismes de lui faire part de leurs idées sur l'impact qu'ils avaient ressenti
depuis janvier dernier, et quelles mesures ils avaient prises pour réagir à la
crise économique. La FTO a également demandé aux répondants s'ils connaissaient
ou observaient une plus grande collaboration au sein du secteur sans but
lucratif, et ce que la FTO pourrait ou devrait faire pour donner son soutien à
ce secteur.
*
Écoutez Lorraine Gandolfo, chef, Communications et affaires
publiques
Points saillants
Comparé aux conversations initiales
tenues en janvier et en février 2009, la situation de plusieurs organismes avait
considérablement changé, pour le meilleur et pour le pire :
Le positif
- plus
de 72 % des répondants ont affirmé qu'il y a une plus grande collaboration dans
le secteur;
- une vaste majorité des organismes (87 %) ont maintenant élaboré des plans
pour continuer de fonctionner dans la période d'incertitude économique actuelle;
- les mises à pied et les réductions de services n'ont été que minimales (les
organismes viennent à bout de la situation, mais leurs ressources sont utilisées
à la limite).
Le négatif
- les banques alimentaires rapportent une augmentation moyenne de 25 % de la
demande de services partout dans la province;
- plus de 75 % des répondants ont indiqué que leurs organismes ressentaient
les effets de la récession (comparé à environ 30 % en janvier dernier);
- près des deux tiers des organismes sondés ont déclaré que leur financement
avait diminué au cours des 12 derniers mois;
- 68 % des répondants ont dit que le climat pour la collecte de fonds s'était
détérioré (34 %) ou s'était maintenu au même niveau qu'en janvier dernier (34
%);
- environ 30 % des répondants ont dit que le nombre et la valeur de leurs
commandites du secteur privé avaient diminué;
- 68,9 % des répondants ont dit que leurs programmes et services ressentaient
l'impact de la récession -- 77 % des organismes de services sociaux, 56 % des
organismes d'arts, 67 % des organismes environnementaux (mais les groupes
environnementaux y voient aussi la possibilité d'augmenter leurs revenus, de
stimuler l'engagement communautaire ou de faire avancer des buts
environnementaux.)
Impact de la récession
Dans tous les secteurs de la
FTO - arts et culture, services sociaux, environnement, sports et loisirs -, les
organismes ressentent les effets de la récession. Une partie de l'angoisse
qu'ils ont ressentie sur le coup, plus tôt cette année, persiste. La plupart des
organismes ont dit avoir connu une baisse faible ou modérée de leurs revenus
provenant des commandites du secteur privé ou des subventions d'autres
fondations. Une nouvelle situation pourrait toutefois devenir préoccupante : il
est possible que les organismes soient si accablés par la crise économique
qu'ils concentrent toute leur attention sur la gestion quotidienne de leurs
affaires, aux dépens de la réflexion et de la planification à long terme qu'ils
ont à faire.
Les organismes qui dépendent de la collecte de fonds (dons, vente de billets,
etc.) ont éprouvé beaucoup plus de difficultés au cours des 12 derniers mois.
Plus l'organisme est petit, plus il est vulnérable à la moindre baisse de
revenus. Les répondants ont confirmé que la demande de services augmente surtout
dans les banques alimentaires et les services de conseillers en crédit, de
counseling en santé mentale et de counseling d'emploi. Les organismes sans but
lucratif de St. Catharines, Windsor et North Bay ont dit avoir connu une baisse
considérable de leurs recettes gagnées, des ventes de billets et des dons,
tandis que la demande de services augmente, surtout dans les agences de services
sociaux.
Voici quelques
exemples uniques ou représentatifs d'un secteur :
- un organisme environnemental a déclaré que certains établissements bailleurs
de fonds ou donateurs qui faisaient auparavant don de 10 000 à 15 000 $ par
année consentent maintenant de 2 000 à 5 000 $;
- un organisme communautaire a connu une réduction de dons qui a toutefois été
contrebalancée par une augmentation des ventes à sa friperie qui est une
entreprise sociale;
- un organisme de conseillers en crédit a vu sa clientèle augmenter de 45 %
depuis la fin de 2008;
- un centre de ressources d'emploi du Sud-Ouest de l'Ontario a déclaré qu'en
juillet, le nombre de ses clients avait doublé par rapport à l'année précédente.
Pour faire face à cette demande, le personnel travaille un plus grand nombre
d'heures;
- certaines méthodes de collecte de fonds, comme le publipostage direct, se
sont avérées moins efficaces cette année. Certains organismes disent qu'ils
doivent réévaluer leurs modèles de collecte de fonds et qu'ils effectueront une
analyse coût-avantages plus poussée de tous leurs programmes de collecte de
fonds;
- un organisme de festivals d'arts a dû impartir toutes ses activités de
gestion à une compagnie de production tandis qu'un autre a dû fermer ses portes
pendant l'été pour réduire ses coûts;
- certains organismes qui établissent des fonds de dotation pour répondre à
leurs besoins de financement de base à long terme ont été forcés de réévaluer la
façon dont ces fonds sont gérés parce que leurs revenus de placement seront bas
pendant plusieurs années;
- un bailleur de fonds travaillant dans l'Est de l'Ontario, dans le secteur
des services sociaux, a remarqué que la demande de services de conseillers en
crédit et de counseling familial avait augmenté considérablement, le nombre de
ses nouveaux clients, au mois de mai seulement, s'étant élevé à 1 000.
Comment les organismes réagissent
Sur une note positive,
près de 87 % des organismes sondés ont élaboré des plans ou des stratégies
depuis le début de 2009. Ces organismes disent prévoir être capables de gérer
les changements attribuables à la récession.
Certaines réactions :
- de nombreux organismes ont établi un budget plus prudent en 2009;
- d'autres explorent la possibilité d'établir de nouvelles entreprises
sociales. Par exemple, un organisme qui dessert les nouveaux arrivants considère
la possibilité de fonder une entreprise de transfert d'argent;
- certains organismes examinent la possibilité de partager des services
administratifs ou même de passer à la formule du « bureau virtuel »;
- certains organismes puisent dans leurs réserves;
- certains organismes s'attardent à entretenir des relations de base avec des
bailleurs de fonds, des donateurs et des intervenants;
- un organisme offre maintenant des cours de yoga et de réduction du stress
pour répondre aux besoins affectifs et de santé mentale de son personnel;
- certains travaillent en collaboration et jouent un rôle plus actif pour
faire valoir les besoins du secteur.
La majorité des répondants ont dit que la collaboration était à la hausse
dans le secteur sans but lucratif, bien qu'elle y soit normalement présente. Un
nombre important d'organismes sont très heureux de cette tendance. Plusieurs
répondants ont indiqué que dans les temps difficiles, les organismes sont
souvent obligés de se rassembler pour voir ce qu'ils ont en commun et comment
ils peuvent se soutenir mutuellement. Bon nombre d'organismes ont parlé
d'établir des partenariats avec des organismes « non traditionnels » en dehors
du secteur sans but lucratif (groupes d'affaires locaux, établissements de santé
et d'éducation) et ont fait remarquer que la récession a probablement accéléré
cette tendance.
* Écoutez des exemples de collaboration cités par Lorraine
Gandolfo
Plusieurs exemples de partenariats réussis ont été relevés, y compris les
suivants :
- toute une variété de nouveaux réseaux semblent avoir surgi un peu partout
dans la province - certains sont des réseaux régionaux, comme le Halton
Non-Profit Network, tandis que d'autres sont provinciaux, comme l'Ontario
Non-Profit Network;
- à Windsor, les partenariats que Walk for a Creative City a établis avec
l'organisme WindsorEats, le réseau Windsor Essex Walking Network et l'organisme
Windsor Endowment for the Arts ont rassemblé 20 organismes d'arts pour la tenue
d'une foire publique;
- à Leamington, l'Association ontarienne des banques alimentaires a créé des
partenariats avec des agriculteurs locaux pour distribuer 300 000 livres de
poivrons frais aux banques alimentaires de la région;
- plusieurs refuges pour les femmes de Toronto se sont réunis, avec le soutien
de la province, afin d'entreprendre collectivement un exercice de planification
stratégique;
- à Sudbury, un certain nombre d'organismes locaux d'alimentation, de
développement communautaire et environnementaux sont en train d'étudier comment
passer du simple partage de locaux à la mise en commun de services, de
programmes et d'autres ressources;
- dans le Nord de l'Ontario, un groupe de services de conseillers en crédit
examine la possibilité d'établir un plan de marketing conjoint prévoyant
notamment de la publicité dans les médias imprimés et à la radio;
- avec la Loi de 2009 sur l'énergie verte, on voit apparaître des carrefours
d'énergie renouvelable regroupant des municipalités, des communautés des
Premières nations, des groupes communautaires sans but lucratif dans le domaine
de l'énergie et des services publics locaux;
- un organisme environnemental d'Ottawa collabore avec des fournisseurs de
logements pour les personnes à faible revenu afin de rénover des immeubles,
ainsi qu'avec des organismes locaux d'engagement civique sur la question des
promenades dans les quartiers.
Les répondants de certains organismes du secteur sans but lucratif, tels que
ceux du domaine des services à l'enfance, ont soulevé la question de «
l'épuisement » provoqué par la collaboration. Au cours des 10 dernières années,
les organismes ont été incités davantage à travailler en collaboration pour
planifier les services. Les répondants ont mentionné que la collaboration est
appréciée lorsqu'elle est encouragée mais que, lorsqu'elle est forcée, elle peut
susciter du ressentiment et devenir paralysante si les initiatives ne disposent
pas des ressources voulues. La collaboration s'accompagne d'un certain
épuisement ainsi que d'une préoccupation provenant du fait que, bien qu'elle
occupe une place importante, elle peut aussi diluer le travail clé axé sur une
mission et créer de la confusion si elle n'est pas bien coordonnée ou gérée.
Comment la FTO a-t-elle réagi?
Pour ce qui est de la
façon dont la FTO a réagi à la récession au cours de 2009, les bénéficiaires ont
donné une réponse extrêmement positive. Beaucoup d'entre eux estiment que la FTO
a défendu publiquement et de façon proactive la valeur du secteur sans but
lucratif, et qu'elle devrait, en fait, renforcer ce rôle. Certains répondants
ont admis qu'ils se sentaient dépassés par le nombre de fois où la FTO et
d'autres bailleurs de fonds leur ont demandé de participer à des réunions et de
fournir de l'information, tandis que d'autres semblaient au contraire accueillir
ces possibilités. Les répondants ont également demandé, une fois de plus,
d'intensifier la collaboration et d'améliorer la communication parmi les
bailleurs de fonds en Ontario.
Au cours des 12 derniers mois, la FTO :
- a vu l'importance à long terme de « tâter le pouls » du secteur sans but
lucratif et de mener, à titre de suivi, un deuxième sondage auprès de ses
bénéficiaires;
- lancé les Tables rondes communautaires - consultations en personne et en
ligne et partenariats avec des réseaux et des groupes - dans le but de favoriser
l'échange d'information à l'intérieur des communautés et des secteurs et entre
eux;
- fourni des ressources ainsi que des liens menant aux ressources de ses
partenaires communautaires, pour donner aux organismes des outils qui leur
permettent de mieux connaître l'expérience des autres et d'acquérir eux-mêmes de
l'expertise et de l'expérience par le biais d'une communauté en ligne;
- organisé des événements dans un certain nombre de communautés de l'Ontario
avec l'experte en prélèvement de fonds Kim Klein afin de partager des ressources
sur la production de revenus;
- rassemblé les bailleurs de fonds communautaires dans le but d'élaborer des
stratégies communautaires d'investissement qui répondent mieux aux besoins de
financement des organismes locaux;
- lancé un nouveau service en ligne permettant aux organismes de s'inscrire et
de faire une demande de subvention, et continué de chercher de nouvelles façons
d'améliorer et de rationaliser le processus de demande de subvention de la
FTO.
* Écoutez Lorraine Gandolfo, parler de ce que l'avenir réserve aux
organismes sans but lucratif
Conclusion
Le
ralentissement économique continue d'avoir un impact sur le secteur sans but
lucratif de l'Ontario. Dans les mois à venir, un grand nombre de régions de la
province continueront de ressentir les effets de la récession et de la
restructuration économique à long terme. De nombreux répondants ont recommandé
que la FTO et d'autres bailleurs de fonds continuent de surveiller l'impact de
la récession. Il semble également que cette récession-ci ait aidé certains
organismes à se préparer à faire face aux défis à venir et qu'elle a
probablement accéléré certaines tendances dans le secteur sans but lucratif,
telles que la collaboration et l'entreprise sociale.
La Fondation Trillium de l'Ontario continue de jouer un rôle clé dans le
partage des connaissances sur le secteur sans but lucratif d'aujourd'hui. Elle
continue également de soutenir l'innovation et la collaboration tant dans le
secteur qu'à l'échelle communautaire partout dans la province.
L. Robin Cardozo
Chef de la direction,
Fondation Trillium de l'Ontario