LES FUSIONS : Pas une calamité

LES FUSIONS: Pas une calamité (pdf)

Résumé

Les fusions occupent depuis longtemps une place complexe dans le secteur sans but lucratif. Les organismes sans but lucratif recherchent les fusions pour augmenter leur incidence et améliorer les services tout en devenant plus efficaces à long terme. D'autre part, on considère les fusions comme axées sur les bailleurs de fonds. Certains organismes sans but lucratif craignent que les fusions entraînent une perte d'identité ou d'autonomie ou même un sentiment d'échec.

Lors de sa recherche sur les temps difficiles (pdf), de tables rondes communautaires, du symposium sur la collaboration et de ses projets de recherche (pdf), la Fondation Trillium de l'Ontario (FTO) a entendu dire que la collaboration augmentait et que le secteur essayait diverses formes de restructuration stratégique, comme les services ou les espaces partagés. Elle a également entendu dire que le secteur est très fragmenté, les organismes sans but lucratif et les organismes de bienfaisance essayant de se tailler une place dans un secteur fort achalandé.

Bien que la collaboration semble susciter beaucoup d'enthousiasme, il existe peu de renseignements et de dialogues sur les fusions dans le secteur sans but lucratif de l'Ontario. Entre le 1er avril 2004 et le 30 juin 2010, la FTO a approuvé 15 subventions valant près de 1,3 million de dollars à des collectivités ontariennes pour des projets liés à des fusions d'organismes. Grâce à ces subventions, nous avons appris que les fusions sont complexes mais peuvent être très puissantes.

Étant donné les risques et les possibilités que présentent les fusions, nous sommes très intéressés à discuter de ce que ce scénario changeant signifie pour les collectivités, le secteur et ses bailleurs de fonds. Nous faisons le premier pas dans ce dialogue en examinant cinq exemples d'organismes qui ont fusionné, les leçons apprises et les répercussions pour les bailleurs de fonds.

Les exemples :

Big Brothers Big Sisters of Windsor & Essex County : Ce cas nous rappelle qu'une fusion est un engagement à long terme sérieux qui exige une réflexion soigneuse et le consentement des deux parties pour réussir.

Club Action Hearst : L'histoire de deux organismes du Nord de l'Ontario qui ont décidé d'en devenir un seul après s'être rendu compte qu'ils offraient des services presque identiques aux personnes âgées franco-ontariennes.

Centre Wellington Minor Hockey Association : Deux associations de hockey rivales se sont rendu compte qu'elles devaient former un seul organisme; leur cas montre qu'une fusion exige tant une préparation psychologique et émotive qu'une préparation au niveau de l'organisme.

East Scarborough Storefront : Le partenariat entre un réseau d'organismes et de résidents, doté d'une plate-forme de gouvernance différente, souligne la créativité et le sens de l'innovation de l'entreprise dans sa recherche d'une solution pratique à sa situation unique.

North York Meals on Wheels and More : Récit d'un organisme qui a tenté d'effectuer deux fusions, l'une qui n'a pas porté fruit et l'autre qui a réussi. Cet exemple souligne l'importance de choisir ses partenaires soigneusement, car tous les mariages ne sont pas parfaits.

Ce que nous avons appris :

Notre secteur change. Bien que cela ne soit pas un phénomène nouveau, le climat actuel de diminution des revenus et d'augmentation des demandes de service force les organismes sans but lucratif à faire preuve d'une plus grande créativité pour remplir leurs missions. De même, les bailleurs de fonds doivent s'efforcer de trouver la meilleure façon d'appuyer ce travail, surtout pour favoriser l'innovation et accroître les effets sur le secteur. Les partenariats et la collaboration sont des façons efficaces d'atteindre ces objectifs.

Une fusion peut entraîner une transformation si les conditions favorables suivantes sont en place1 :
  • Avantage stratégique et communautaire certain : La principale raison d'une fusion ne peut être la survie, et on ne doit pas l'envisager comme une bouée de sauvetage pour les organismes en difficulté. Il doit y avoir des résultats positifs pour les organismes concernés et les collectivités touchées.
  • Engagement complet des dirigeants des deux organismes : Il est important d'obtenir l'appui du personnel, des bénévoles et du conseil d'administration. En outre, les deux entités doivent prendre un engagement envers le succès de la fusion. Une fusion ne peut pas réussir si une seule partie y travaille.
  • Ressources solides pour la fusion : Les fusions sont des entreprises complexes qui exigent des ressources financières et non financières.
  • Compatibilité des cultures : Il peut parfois être plus difficile de combiner deux cultures organisationnelles très différentes que de régler les détails administratifs et juridiques de la fusion. Par contre, si les cultures organisationnelles sont compatibles, elles peuvent alimenter la réussite des fusions.
Rôle du bailleur de fonds :

De nombreuses personnes interrogées lors du projet de recherche sur la collaboration de la FTO ont souligné l'importance des collaborations qui habilitent plutôt que de mandater. Les recherches confirment que les collaborations les plus fructueuses sont celles qui se produisent parce que des particuliers, des groupes et des organismes sans but lucratif cernent un besoin commun, et non pas parce qu'un bailleur de fonds le demande2.

Nous avons la plus grande incidence lorsque nous pensons et agissons de manière systématique et stratégique en ce qui concerne les types de soutien que nous offrons à diverses étapes de l'éventail de la collaboration. En fin de compte, nous devons tâcher de créer un climat où les fusions et les autres formes de partenariats peuvent porter fruit3 :
  • Faire participer le secteur aux conversations sur les fusions; c'est une façon d'appuyer la collaboration, l'efficacité et les façons nouvelles de travailler ensemble.
  • Donner de la place à ceux qui participent à des fusions ou effectuent d'autres formes de restructuration stratégique afin qu'ils échangent et tirent leçon de leurs expériences.
  • Adopter des pratiques de financement souples qui correspondent à la complexité du partenariat, comme des subventions de développement, des initiatives pluriannuelles et la couverture des frais essentiels au succès de la collaboration.
  • Être informé. S'assurer que les décideurs comprennent les complexités des fusions. Ne sous-estimez pas les coûts et le temps nécessaires.
  • Sortir des sentiers battus. Appuyer les nouveaux partenariats, comme les plateformes de gouvernance différentes.
  • Nous espérons que cet article incitera d'autres bailleurs de fonds et d'autres organismes sans but lucratif à raconter leurs expériences et à tirer des leçons les uns des autres. Cela approfondira nos connaissances collectives sur les fusions et les changements structuraux, de sorte que le secteur sans but lucratif soit plus solide et plus sain. Nous vous invitons à communiquer avec nous, à afficher un commentaire sur notre blogue et à faire lire cet article à d'autres personnes du domaine afin que la discussion se poursuive


1 Creating an Environment for Success: Mergers And Other Partnership Structures For Environmental Nonprofits, Institute for Conservation Leadership, 2010
2 Renforcer la collaboration dans le secteur sans but lucratif en Ontario, Fondation Trillium de l'Ontario, 2010
3 Stanford Social Innovation Review
(en anglais seulement)